On l’entend souvent dans le débat public, la formation française ne serait pas assez professionnalisante. En gros, nos écoles et universités ne prépareraient pas suffisamment les jeunes au marché du travail et ne faciliteraient pas les diplômés dans leur recherche d’emploi. Soit.

Plutôt que de se lancer dans une étude documentée et profonde de cette assertion (on n’est pas au CNRS ici), Bloguéotravail profite de sa rubrique culturelle pour évaluer l’image du travail qu’un dessin animé véhicule à notre jeunesse si influençable. Nous étudierons dans cet article l’épisode “Oui-Oui et une cliente difficile” de la saga du pantin chauffeur de taxi rouge. Si-si, on va le faire, et c'est sérieux.

 

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Le Pitch :

Oui-Oui est un personnage fictif (désolé de décevoir les plus crédules ici) inventé par une romancière britannique dans les années 30. Fier d’un succès international, Oui-Oui est promu à la télévision.

Dans l’épisode qui nous intéresse, Oui-Oui convient d’un accord avec Mademoiselle Chatounette (nous avons décidé de ne faire aucune blague sur ce nom, on n’est pas aux Grosses Têtes), vendeuse de produits glacés divers : s’il devient son chauffeur attitré, il pourra consommer tous les produits qu’il veut. Le pantin opine et le voilà embarqué dans une terrible galère : sa nouvelle patronne abuse de sa position, l’envoie plusieurs fois chercher des mouchoirs chez Mélissa, contraint Oui-Oui à utiliser son taxi pour des trajets de quelques mètres, lui met une terrible pression dans son travail et refuse de le laisser consommer des produits glacés.

Oui-Oui est à la limite du nervousse brèque-dauwne (comme on dit de nos jours), et exprime son désarroi dans une chanson et une danse à faire pâlir (un peu plus) Ian Curtis. Il trouve finalement une solution pour se sortir de la tourmente : faire du mauvais travail afin de se faire congédier. Après un passage sur le gazon, la colère de Mademoiselle Chatounette (qui prend même le volant sans permis) et l’intervention des forces de l’ordre, Oui-Oui peut savourer sa liberté nouvelle. Fin.

 

 

Ce que vous devez oublier :

 

  • La drogue.

Je ne suis sûr que d’une chose après ces 10 minutes : les créateurs de ce film d’animations sont des junkies. Le générique criard, les graphismes avec de la couleur partout, la danse de Oui-Oui sur sa chanson ou l’interaction d’humains avec des animaux et des jouets, tout tend vers cette évidence. Et comme vous pouvez le constater en regardant cet épisode (ou en écoutant les albums d’Oasis composés et enregistrés sous cocaïne) on fait du mauvais travail sous l’emprise de la drogue.

 

  • Les salaires en nature.

Ah oui vous trouvez ça cool d’être payés en glaces ? Pourquoi pas, ouais. Enfin, vous me direz la tête que fera votre banquier quand vous tenterez d’obtenir un crédit avec vos palettes d’Esquimaux (ou d’Inuits, je crois qu’ils préfèrent cette appellation). Alors, on oublie tout et on donne son RIB à son entreprise pour recevoir ses virements bancaires.

 

  • Croire que se faire renvoyer est une solution.

Si Oui-Oui pouvait se permettre de perdre son statut de salarié, c’est parce que ce type a une licence de taxi au Pays des Jouets (swag). Pas vous. Du coup, si vos supérieurs sont des plaies, il faudra faire avec. En faisant du mauvais travail vous ne serez pas libéré et accompli ; vous serez sans emploi.

 

 

Ce que vous devez copier :

 

  • Rien.

Sérieusement. Tout est faux, cliché et inadapté au monde du travail. Jeunes gens, réveillez-vous merde.

 

 

Pertinence globale :

0%. Après la projection, on ne peut plus nier l’évidence : les alarmistes ont raison. Notre jeunesse, déjà si mal préparée au monde du travail, est en plus soumise à une idéologie anarchique et communiste qui les invite à refuser leurs responsabilités en faisant sciemment du mauvais travail. Suivre l’esprit de “Oui-Oui et une cliente difficile” ne pourra que causer votre ruine professionnelle et sociale (avant même que la Chine et l’Inde ne le fassent) et peut être même vous faire plonger dans la drogue.

On en regrette le temps béni de la chasse aux sorcières de McCarthy. Lui au moins aurait su censurer cet horrible film de propagande soviétique. Un taxi rouge, on aurait dû se méfier depuis le début !

 

 

C'était l'instant culture de la rédac'. Et maintenant, au travail !