Comme vous le savez, c’est la crise. Nous avons l’honneur et le privilège de vivre depuis plus de cinq ans dans un contexte de crise économique. Si la nôtre n’a pas débouché sur les provocations prolétariennes des années 30 (Grèves générales, vote communiste, naissance de la musique Folk) elle nous a tout de même conduit à vivre avec la perspective que le chômage pourrait nous toucher un beau jour. Et sans discernement. Aussi, afin de vous aider à enfin franchir le pas, Bloguéotravail vous prépare à répondre aux cinq phrases que vous devrez supporter lorsque, vous aussi, vous serez au chômage. Spéciale dédicace à nos fidèles (et nombreux) lecteurs de Grèce et d’Espagne. Ne lâchez rien, suivez nous jusqu’au bout ! φιλιά. Besos. Bisous.

 

© Jiho

 

 

  1. Question #1 : “Ça va ?”

Être au chômage, c’est un peu comme divorcer. C’est emmerdant, mais c’est aussi l’opportunité de prendre un nouveau départ. Pourtant pour une raison étrange, votre entourage se met à s’inquiéter réellement de votre état de santé. Ils vont même vous demander “ça va ?” et étant vraiment attentifs à votre réponse.

Face à cet élan de pitié à votre endroit, n’essayez même pas de dire que “Oui, ça va” car cette réponse ne sera jamais acceptée. Même si, vraiment, vous allez bien. Rangez-vous derrière une attitude solennelle et digne et dites que ce n’est pas facile mais que vous restez accroché. Ne décevez pas les attentes de votre public. Et puis bon, profitez un peu de l’attention que l’on est prêt à vous porter. Ça ne se reproduira pas si régulièrement.

 

 

  1. Question #2 : “C’est pas trop dur d’être un assisté ?”

Frapper quelqu’un en position de faiblesse apparente ce n’est jamais bien glorieux, mais ça paraît plus simple. Aussi, vous risquez d’être la cible de personnes cachant leur malveillance (et leur lâcheté) derrière des propos faussement bienveillants (et charitables). Derrière un faux-intérêt pour votre propre estime, ces odieux personnages cherchent à vous faire croire que vous n’avez pas plus d’indépendance qu’un adolescent en crise.

Dans ce cas précis, oubliez toutes les conventions sociales et internationales, vous devez détruire votre adversaire. Vous devez même lui rouler dessus. Commencez par lui expliquer que, en France, un chômeur n’est pas un assisté. Bah ouais Morray, pour toucher une allocation, faut avoir cotisé avant… c’est ce qu’on appelle une logique assurantielle. Après avoir bien tourné en ridicule sa totale méconnaissance du lexique de l’assistanat, préparez-vous à monter d’un étage. L’assisté c’est quelqu’un qui bénéficie d’un service public sans autre contribution que ses taxes et impôts, rappelez à votre procureur en peau de lapin que les routes, les écoles, les couvertures médicales et autres services publics universels répondent à une logique d’assistanat. Concluez donc en lui demandant quel est son propre ressenti sur sa vie d’assisté. Il est rare d’obtenir une réponse.

 

 

  1. Question #3 : “Mais tu fais quoi de tes journées ?”

S’il y a bien une énigme que le contribuable tente de percer, c’est bien ce que peuvent bien “branler les chômeurs”. Alors tenez-vous prêt : votre emploi du temps sera scruté, mesuré et évalué. Sachez par exemple que votre nouveau statut vous interdit de dormir après 9h30 lors d’un jour ouvrable (oui, même si vous êtes malade).

Pour répondre à cette intrusion totale dans votre vie privée, vous devez savoir que votre interlocuteur pense que vous vous réveillez tous les jours devant «Motus» et «Les Z’amours» avant de passer le reste de votre journée à glander et à entourer quelques offres d’emplois au marqueur rouge. Plutôt que de dire ce que vous faites réellement de vos journées (après tout ça ne le regarde pas) ou d’expliquer qu’il est humainement, scientifiquement et rationnellement impossible de survivre à 30 minutes des calembours de Tex, optez pour la réponse absurde. Expliquez ainsi comment vous gérez la logistique, l’entraînement et la stratégie de guérilleros basés aux Îles Kerguelen et au Bhoutan avec l’objectif d’opérer un coup d’État au Timor-Oriental, tout ceci dans le but d’installer au pouvoir un jeune dictateur picard de 10 ans qui promouvra l’œuvre de Bob Denard sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est. Une fois votre souffle repris, n’oubliez pas de dire que vous n’avez jamais été aussi occupé de votre vie.

 

 

  1. Question #4 : “Tu dois te fixer de nouveaux objectifs!!!!!!  Mais surtout ne culpabilise pas!!”

Ce genre de remarques vient généralement de la part de personnes qui arpentent, insatiables, tous les sites sensés vous aider à booster votre carrière. Ils ont lu ces grands principes seize fois et y croient désormais avec l’ardeur du nouveau converti. Vous l’avez compris, les conseils de ces gens-là ne sont pas à prendre au sérieux. Déjà, comment et pourquoi accorder du crédit à la recommandation de quelqu’un qui vit dans un monde où il n’existe aucune forme de modération quant à l’utilisation des points d’exclamations ?

Face à ces apôtres prêchant la bonne parole, vous devez jouer l’hyper-sensibilité. À peine aura-t-il dit le “Mais surtout ne culpabilise pas !!” que vous demanderez “Pourquoi tu dis ça ? Tu penses que je devrais culpabiliser ?”… et hop la machine est lancée ! Vous pouvez désormais l’entraîner dans une conversation sur les tréfonds de votre insécurité et le rendre responsable de ce nouvel état. Face à une réaction complexe, ce genre d’individus tentera tous les trucs qu’il a appris sur des blogs de psychologie de comptoir ou dans des programmes du groupe M6. Face à votre persistance, il s’avouera vaincu, repartira après vous avoir diagnostiqué une profonde dépression et ne vous reparlera plus jusqu’à ce que vous ayez à nouveau un emploi. Savourez, vous venez de retrouver la paix.

 

 

  1. Question #5 : “Et pourquoi ne pas en profiter pour parfaire ta formation ?”

C’est la variante classe moyenne du “Pourquoi ne pas en profiter pour vivre de nouvelles expériences ?”. Votre compte en banque ne vous permettant pas de vous ressourcer ailleurs, il vous reste la perspective de l’Université ou des Cours du Soir.

Refusez catégoriquement l’Université. Passé un certain âge (disons 25 ans), on supporte plutôt mal les jeunes cons immatures qui arpentent les facs. Ne vous infligez pas ça, vous ne vous sentirez pas plus jeune en buvant/pissant/vomissant de la mauvaise bière tiède, vous allez juste flinguer votre système digestif. Interrogez-vous également : qu’est-ce que la vie d’étudiant ? Sortir un soir sur deux dans des soirées où tout est cheap et/ou de contre-bande pour oublier qu’à la sortie, on ne trouvera pas de job. Bah ouais, vous pouvez déjà faire tout ça (sans les examens) en tant que chômeur. Certains évoqueront alors les avantages de la carte étudiante mais je vous jure qu’on peut survivre sans avoir accès au second hamburger de Quick pour 1€ de plus.

Par contre, faîtes les Cours du Soir. Sans autre activité, ça n’est pas un investissement démesuré et ça vous offre la meilleure street-cred de la personne qui s’est construite toute seule. Essentiellement parce que personne ne sait vraiment ce que c’est.